Une récente étude illustre de nouveaux liens entre le stress et la motivation…
Un article paru le 18 novembre sur le site du journal “Sciences et Avenir – Santé” aborde une étude extrêmement intéressante. Cette étude a été menée par l’équipe du Professeur Olivier George, professeur à l’Institut de recherche Scripps (TSRI) en Californie, et a été publiée dans la revue “Nature Neurology“.
L’équipe du Professeur George a mis en évidence qu’au niveau de la zone de notre cerveau (Aire Tegmentale Ventrale) qui gère les récompenses, notamment aux drogues, il existe des neurones à dopamine générateurs de plaisir mais aussi une population de neurones dopaminergiques exprimant la corticolibérine, un précurseur des hormones du stress.
Le Pr Olivier George est très clair : “Si vous regardez dans un manuel, ces neurones n’existent pas dans l’aire tegmentale ventrale. Le jour où nous les avons découvert a été le jour le plus excitant de ma carrière”.
Si l’on se plonge dans cette étude, il s’avère que cela permet de mieux comprendre ce qui se passe lors de la consommation aigue d’une drogue, lors de la consommation chronique et lors du sevrage.
Lors de la consommation aigue, le toxique va venir bloquer un récepteur d’un neurone inhibiteur à gaba, faire cesser l’inhibition et augmenter la production de dopamine par le neurone dopaminergique. Le neurone inhibiteur à Gaba est rattaché par une synapse au neurone à dopamine. Tout ce qui va lever l’action inhibitrice du neurone à gaba favorisera la production de dopamine et donc le plaisir.
Lors de la consommation chronique, le toxique aura une action inhibitrice moins efficace sur le neurone à gaba, la production de dopamine sera moindre, le plaisir sera moindre. En outre, en cas de consommation chronique, le récepteur à CRF de cette nouvelle population de neurone sera stimulé et le niveau de stress augmentera.
Lors du sevrage, il n’y a plus d’inhibition du neurone à Gaba, celui-ci agit pleinement et empêche la production de dopamine. Il n’y a donc plus de plaisir. En parallèle, les récepteurs à CRF sont stimulés et le niveau de stress est d’autant plus important qu’il n’est plus équilibré par le plaisir.
Ces états décrits lors de la consommation chronique du tabac et lors du sevrage étaient d’ailleurs décrits dans un article récent, mais sans les fondements neurologiques cette fois.
Si l’on essaye de transposer cette étude à la motivation de nos collaborateurs, cela est aussi intéressant. Les leviers de motivation intrinsèque favorisent la sécrétion d’endorphines, endorphines qui viennent bloquer les récepteurs à Gaba, lèvent l’action inhibitrice du Gaba, et favorisent alors la libération de dopamine, source de plaisir.
Si l’on en recourrait à des leviers de motivation intrinsèque de manière automatique, on générerait moins de plaisir et on induirait même un peu de stress.
Si l’on recoure à des leviers de motivation intrinsèque lorsque cela est mérité, de manière fréquente mais irrégulière, on obtiendra le plaisir, sans effets parallèles. Il faut donc motiver avec intelligence et non de manière automatique.


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bouchu steve
4 janvier 2015excellent, mais que deviennent ces neurones dopaminergiques exprimant la corticolibérine une fois l’arret des drogues? et cela peut il revenir à la normale?
Philippe Rodet
5 janvier 2015Une fois l’arrêt des drogues, les neurones dopaminergiques exprimant la corticolibérine cesserait de produire de la dopamine sauf si d’autres sources de freinage du neurone inhibiteur que les drogues viennent favoriser cette sécrétion. Le problème est que la puissance d’action des drogues est colossale par rapport aux autres sources.
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